
Attack of the 60 Foot Centerfold, Fred Olen Ray, 1995. Titre français : L’Attaque de la pin-up géante. Produit par la boîte de Roger Corman (Concorde-New Horizons), tourné en dix jours sur des soundstages1 de Los Angeles, sorti direct en vidéo. 4/10 sur IMDb, 27% sur Rotten Tomatoes. Voilà, t’as le tableau.

C’est la parodie d’une parodie d’un film de monstres des années 50. Angel Grace, finaliste du concours « Centerfold of the Year » du magazine Plaything, prend une surdose de sa drogue de beauté expérimentale et se transforme en géante de 60 pieds.

Sa rivale fait pareil. Ça se bat en ville. Fin. Le scénariste Steve Armogida a déclaré vouloir faire une « satire » de la culture des magazines pour hommes. On lui fait confiance.
Le film d’origine, L’Attaque de la femme de 50 pieds de Nathan Juran (1958), c’est autre chose. Nancy Archer est une femme riche et malheureuse, trompée par un mari lâche, ignorée par tous, non crue parce qu’alcoolique.

Rencontre avec un géant extraterrestre. Transformation. Elle revient en ville, géante et furieuse, cherche son mari. Elle meurt, lui écrasé dans son poing.




C’est trash, c’est kitsch, c’est affreux techniquement, mais y’a un truc là-dedans : une femme qui explose littéralement sous le poids de ce qu’on lui a fait subir.

Le remake de 1993, signé Christopher Guest avec Daryl Hannah, tire le fil jusqu’au bout.

Nancy part dans l’espace avec les aliens féministes et revient pour mettre ses maris en thérapie collective à bord d’un vaisseau. C’est ça, le détournement. C’est con et explicite, et c’est exactement pour ça que ça marche mieux.

60 Foot Centerfolds, lui, repart dans l’autre sens. On prend le même motif de la femme qui grossit et on l’applique à des candidates à un concours de charme. La rage de Nancy Archer devient de la compétition entre pin-ups.

Le mari lâche disparaît. Ce qui reste : des femmes en bikini qui se battent en ville pendant que les hommes courent derrière avec un antidote.



Fred Olen Ray sait ce qu’il fait. C’est de l’exploitation consciente d’elle-même, du camp calibré pour le marché VHS. Le film se moque des magazines Playboy-style en faisant exactement ce que ces magazines faisaient. C’est de la satire qui se saborde.
Et le jeu de rôle dans tout ça ?
Le truc intéressant, c’est pas le film de Fred Olen Ray. C’est le motif sous-jacent, et les deux directions qu’il peut prendre à une table.
Version premier degré (et pourquoi pas) : une substance expérimentale, un effet de croissance incontrôlé, une zone urbaine à gérer. C’est du scénario de crise classique. Les joueuses et joueurs gèrent la situation de l’extérieur ou de l’intérieur. À l’Appel de Cthulhu ou en Delta Green, ça peut être une expérience gouvernementale qui foire. À Mega, ça peut être une drogue venue d’un autre univers avec effets secondaires fâcheux.
Version retournement : le motif de 1958 est bien plus jouable que le film de 1995. Une PJ riche, ignorée, non crue, qui finit par occuper physiquement tout l’espace qu’on lui refusait. C’est de l’horreur psychologique avec une résolution monstrueuse. En Chroniques Oubliées Contemporain ou en Urban Fantasy, ça peut être traité avec une vraie épaisseur : qu’est-ce qui se passe quand quelqu’une prend enfin toute la place ? Qui essaie d’y mettre fin, et pourquoi ?
Le remake de Guest donne même une sortie propre : les aliens comme métaphore d’une puissance extérieure qui valide enfin ce que la société refusait d’entendre. Un tribunal interstellaire qui regarde les comportements humains avec une curiosité détachée, c’est jouable. C’est même plutôt bien.
- Sound Stage ou Soundstage : Des plateaux de tournage en intérieur, insonorisés, avec plafonds hauts et grandes portes. On y construit des décors sur mesure, on contrôle l’éclairage et le son à volonté. Utilisés depuis les débuts du cinéma parlant. En gros : un hangar géant où on peut tourner n’importe quelle scène sans dépendre de la météo, du bruit extérieur ou de la disponibilité d’un vrai lieu. ↩︎


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