La Catwoman de 1966, on la connaît : combinaison noire, humour pop et morale volontairement simpliste. Julie Newmar l’incarne pendant les deux premières saisons de la série Batman. Lee Meriwether la remplace dans le film de 1966 (Newmar n’était pas disponible), puis Eartha Kitt reprend le rôle en saison 3, pendant que Newmar tourne L’Or de MacKenna.

Trois actrices, un seul personnage, et pas grand-chose sur son passé : la série s’intéresse à son costume, pas à sa vie. Dans le texte de présentation1, c’est une voleuse de bijoux et une cambrioleuse, en relation amour-haine avec Batman. Point.
Ce qui m’intéresse, c’est de se demander ce que donnerait une Catwoman prise au sérieux, sans sortir des années 60. Et Newmar fournit pas mal de matière.

Ce que Newmar apporte
Elle vient de la danse : prima ballerina à l’Opéra de Los Angeles à 15 ans, danseuse et chorégraphe pour Universal dès 19 ans. Dans les films des années 50, elle enchaîne les rôles de danseuse, souvent non crédités, dont la danseuse-assassin des Esclaves de Babylone (1953).

Son père dirigeait le département d’éducation physique du Los Angeles City College, sa mère était styliste.

Côté costume, la combinaison de la série est en Lurex noir, et Newmar l’a retouchée en plaçant la ceinture sur les hanches. Un exemplaire est conservé au Smithsonian. Dans les années 70, elle dépose même des brevets pour des collants et un soutien-gorge. Une voleuse qui connaît son corps et sait ce qu’un vêtement permet, y’a de quoi bâtir un personnage.
Une version réaliste : quelques pistes

Le milieu social. En 1962, dans Route 66, Newmar joue Vicki Russell, une héritière motarde et libre. Une Selina issue de ce monde a accès aux salons où dorment les bijoux. La série d’animation Batman: Caped Crusader (2024) propose d’ailleurs une Selina fille d’un homme emprisonné pour détournement, ruinée, qui cambriole pour garder son train de vie. C’est pas les années 60, mais le moteur tient la route.
La danse. On garde la formation de Newmar : équilibre, souplesse, discipline. Une ancienne danseuse de revue connaît les coulisses, les loges, les soirées où personne ne regarde vraiment la danseuse. Idéal pour repérer les lieux.
Le costume. On garde le noir, on jette le spectacle. Une tenue sombre et sobre, faite pour passer inaperçue plutôt que pour poser.
Batman. Sans lui, la relation amour-haine devient celle d’une voleuse avec l’enquêteur ou l’agent qui la piste. Ni alliés ni ennemis, juste deux personnes qui se reconnaissent.
Pour une table qui joue James Bond 007 le jeu de rôle ou n’importe quelle campagne d’espionnage des années 60, ça donne une PNJ récurrente et ambiguë.

- Le plus drôle, c’est qu’il semble bien que la série elle-même n’a jamais donné de passé à Catwoman. ↩︎


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