Les Brutes dans la ville (A Town Called Bastard, Robert Parrish, 1971) n’a pas laissé un souvenir impérissable. Les avis qu’on a lus vont de « grosse cata » à « aurait pu être quelque chose ». Le scénario est un joyeux bazar : Bernard Gordon, qui a écrit des scènes additionnelles après un premier montage qu’on jugeait incompréhensible, parle dans ses mémoires d’un texte sanglant, violent et confus. Pour une table jdr western, il y a pourtant de quoi faire.

L’histoire, en bref. Une petite ville mexicaine est tenue par Don Carlos (Telly Savalas), un bandit qui pend à tout va. Le prêtre (Robert Shaw), ancien révolutionnaire, rafistole l’église qu’il a lui-même criblée de balles. Alvira (Stella Stevens) débarque en corbillard, dort parfois dans un cercueil, et promet 20 000 dollars à qui lui livrera l’assassin de son mari.

Puis l’armée s’en mêle : le colonel (Martin Landau), vieille connaissance du prêtre, pend des paysans jusqu’à ce qu’on lui livre Aguila, un chef rebelle dont on finit par se demander s’il existe.

La vengeance comme appât. La prime pousse tout le monde à mentir. Don Carlos fabrique des coupables, et dans l’un des cas, un villageois accuse sa propre femme pour sauver sa peau. En version JdR à une table de jeu, une récompense sans coupable identifié suffit à lancer une partie.

Un Mexique vu de loin. Le film a été tourné en Espagne, à Madrid et à Almería, dans un fort de studio qui a resservi pour Captain Apache et Horror Express. Les têtes d’affiche sont américaines et britanniques, et la révolution tient surtout lieu de décor : de la poussière, des cordes, des cercueils. À Trauma Ouest Sauvage comme dans n’importe quel autre jeu de western, c’est au MJ de faire le contraire et de donner aux villageois des noms, des rancunes et des raisons d’agir, au lieu de les laisser pendre au second plan.

Le MacGuffin, version multiple. Chez Hitchcock, c’est le prétexte qui lance l’histoire : un objet, un document, un secret qu’on poursuit sans que son contenu compte vraiment. Il considérait d’ailleurs comme son meilleur celui de La Mort aux trousses, puisque les « secrets du gouvernement » n’y existent même pas. Aguila appartient à cette famille. Mais le film en ajoute un second avec le meurtrier du mari d’Alvira.

Chez Hitchcock, ça fonctionne parce que la poursuite emporte les personnages de ville en ville. Ici, tout le monde reste enfermé dans le même bled, et le prétexte ne met plus rien en mouvement. On a l’impression que ça explique en partie le côté bancal du film, en partie seulement, puisque les sources parlent aussi d’un scénario bricolé en cours de route.

Pour le MJ, la leçon est simple : un MacGuffin, c’est bien, mais ça frustre vite si on en abuse. Un seul par scénario, deux au grand maximum. Décider soi-même ce qu’est Aguila, même si les joueureuses ne le sauront jamais. Et s’assurer que la chasse rapporte quelque chose aux PJ (un allié, un ennemi, un secret sur la ville), même si au bout il n’y a rien. Dans Ronin, le paquet n’est jamais ouvert et personne s’en plaint, parce que chaque scène de poursuite donne de l’action.


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