Coucou cher lecteur•ice on voulait te parler d’un lotissement. Un vrai cauchemar pavillonnaire, avec des rangées de maisons identiques et un ciel en toile peinte au-dessus. Tu l’as peut-être déjà croisé : ça s’appelle Vivarium, c’est signé Lorcan Finnegan, ça date de 2019, et ça met Gemma et Tom (Imogen Poots et Jesse Eisenberg) dans la pire visite immobilière de leur vie.
Un agent bizarre nommé Martin leur fait visiter la maison n°9 d’un lotissement baptisé Yonder (« Vauvert » en VF, joli clin d’œil), puis disparaît. Le couple essaie de partir. Impossible. Toutes les rues ramènent à la maison n°9.

Le lendemain matin, un carton de vivres. Puis un bébé, avec une instruction simple : élevez-le, et vous serez libérés.

On te passe la suite, tu connais peut-être déjà, ou tu iras voir. Ce qu’on retient nous, c’est cette boucle. Cette façon qu’a le film de refuser toute sortie, toute explication, tout twist qui viendrait justifier le cauchemar.
La critique d’Écran Large le dit bien : Vivarium a des faux airs de Quatrième Dimension, cette manière de poser une règle absurde et de la dérouler jusqu’au bout sans jamais expliquer qui tire les ficelles.

Et c’est précisément là qu’on voit un truc jouable.
On pense à L’Appel de Cthulhu, évidemment. Pas pour les tentacules, y’en a pas dans Vivarium. Mais pour cette esthétique de l’inexplicable qui grignote la raison des personnages sans jamais leur donner de réponse satisfaisante.
Un lotissement qui se referme sur lui-même comme un piège non-euclidien, où marcher tout droit ramène toujours au point de départ : c’est un scénario d’enquête presque tout fait. Des PJ qui pensent enquêter sur une disparition, ou sur un projet immobilier louche, et qui se retrouvent piégés dans une géométrie qui ne devrait pas exister.

Pas de gunfight, pas de créature à combattre frontalement, juste l’angoisse de comprendre qu’on est observés, catalogués, et qu’on ne sortira que si on joue le jeu qu’on nous impose. La Terreur (au sens classique du terme, celle qui grignote la Santé Mentale plus sûrement qu’un coup de griffe) fonctionne très bien là-dessus.

Il y a aussi une piste du côté de Mega, mais on la pose avec des pincettes parce que le sujet est glissant. Le film raconte, au fond, une forme de parasitisme reproductif (les images de coucous en ouverture ne sont pas là par hasard) où une espèce inconnue utilise des humains comme vecteurs pour élever sa progéniture. C’est un ressort qui peut alimenter un scénario d’infiltration extraterrestre cruel, où les PJ découvrent que certains foyers d’apparence banale hébergent depuis des années une entité qui grandit en mimant ses hôtes.
Mais on le dit clairement : ce genre de trame touche à des thématiques sensibles (coercition, maternité forcée, disparition d’enfants) et ça mérite d’être traité avec du recul, jamais comme un simple gimmick horrifique. À utiliser en connaissance de cause, avec une table qui sait ce qu’elle vient chercher.

Y’a sûrement d’autres portes d’entrée qu’on n’a pas ouvertes ici. Le coucou du générique, avec son parasitisme de couvée bien réel, ça peut se creuser autrement. Le nom de l’agent immobilier aussi cache un truc, on te laisse chercher. Et puis y’a une lecture plus psychologique du film, du côté de l’obéissance et du conformisme, qui pourrait donner un tout autre genre de scénario, moins horreur cosmique, plus manipulation sociale. On garde ça au chaud pour une prochaine fois.
Ce qu’on retient surtout, en refermant le film, c’est cette dernière scène. Le garçon devenu adulte reprend la place de Martin dans l’agence immobilière et accueille un nouveau couple. La boucle continue, ailleurs, avec d’autres victimes. Pas de morale, pas d’explication sur l’origine du mal. Juste la mécanique qui repart.
On te laisse là-dessus.


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